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ZINEB SEDIRA, INVITATION AU VOYAGE
Extraits du texte de Lionel Balouin commissaire de l'exposition
La galerie Edouard Manet a le plaisir de présenter Invitation au voyage, première exposition personnelle de Zineb Sedira dans un centre d'art d'Île-de-France. Artiste de renommée internationale, née en France de parents algériens, Zineb Sedira a grandi à Gennevilliers avant de s'installer à Londres où elle entreprend des études artistiques. Aujourd'hui elle partage son temps entre la Grande-Bretagne, l'Algérie et la France.
Les oeuvres de Zineb Sedira, et notamment ses premières vidéos, se nourrissent de l'histoire personnelle de l'artiste et traduisent, au-delà de leur caractère biographique, un questionnement plus large et plus universel sur l'origine, l'identité, la mobilité, la transition et les migrations. Dans ses travaux récents, à la dimension contemplative davantage affirmée, la mer devient le support allégorique de ces thématiques, mais aussi des relations économiques, politiques et sociales entre l'Afrique et l'Occident.


Zineb Sedira, Transitional Landscape, 2001. Diptyque. Courtoisie Galerie Kamel Mennour, Paris
Pour son exposition à la galerie Edouard Manet, Zineb Sedira a choisi de présenter des oeuvres récentes, photographies et vidéos, dans lesquelles la mer constitue le sujet central et récurrent. Floatting Coffins, installation vidéo inédite en France, est la pièce majeure de l'exposition.
Un premier ensemble de photographies datant de 2006, Haunted House II, et la série Framing the View, prend pour sujet des ruines architecturales coloniales, d'anciennes demeures bâties en front de mer. Si Haunted House II est une vue panoramique, les autres sont au contraire des recadrages sur le motif et sur la mer opérés par des fenêtres. Ces dernières, omniprésentes dans cet ensemble photographique, deviennent la métaphore du passage d'un espace à l'autre, redoublant ainsi la dimension symbolique de la mer.

Zineb Sedira, Hurted House II, 2006. Courtoisie de l'artiste et galerie Kamel Mennour, Paris

Zineb Sedira, Shipwreck Séries, 2009. Courtoisie de l'artiste et galerie Kamel Mennour, Paris

MiddleSea (2008) constitue avec Saphir le second volet d'un triptyque en cours de réalisation. Ce film s'inscrit le temps d'un voyage en ferry entre Alger et Marseille. Un homme impassible et secret déambule dans les espaces déserts du navire, s'assoit sur sur une banquette ou regarde la mer accoudé au garde-corps. A son silence s'oppose le son d'une radio. La temporalité du voyage est rythmée par l'observation d'un mouvement hypnotique du sillage, par des images de manoeuvres d'appareillage et d'accostage, signes d'un incessant ballet entre deux états ambivalents d'une même désir, celui du départ et du retour.
Floatting Coffins se compose de 14 écrans de formats différents répartis à 180 degrés et de huit haut-parleurs sphériques suspendus dans l'espace. Un réseau apparent de fils, comme autant d'amarres, relie l'ensemble et l'ancre dans l'espace. L'installation constitue un dispositif environnemental dont la densité sonore favorise l'immersion du spectateur dans un paysage fragmentaire.

Zineb Sedira, From the Shipwreck series, 2008. Courtoisie de l'artiste et galerie Kamel Mennour, Paris
Sans souci de narration, des plans fixes à la beauté obsédante rebondissent d'un écran à l'autre. Un navire échoué sur un banc de sable fait écho à un envol d'oiseaux. Aux flux et reflux de la mer, au déplacement d'un homme sur un radeau répond l'immobilité d'un paysage désertique dans lequel apparaissent les reliefs d'un ancien fort français. Avec Floatting Coffins, Zineb Sedira extrait ses thèmes de prédilection du contexte algérien.
Les images ont été tournées à proximité de Nouadhibou, ancien port colonial situé au nord-est de la Mauritanie. Les plages de ce site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco sont jonchées des épaves d'une flottille de pêche offerte par des pays européens dans le cadre d'accords bilatéraux, ainsi que de bateaux de commerce abandonnés à une lente érosion. Nouadhibou est également connu pour être le point de départ des migrants clandestins vers les îles Canaries.

Zineb Sedira, The lovers, 2008. Courtoisie de l'artiste et galerie Kamel Mennour, Paris
Sans aucune information préalable sur le lieu de tournage du film, le spectateur de Floatting Coffins est soumis à une expérience esthétique et sensible, est ballotté entre la désolation des motifs et la beauté des images qui, pour autant, sans se dévoiler, dégagent un fort potentiel suggestif. Elles évoquent la vie et la mort, les espoirs déçus de part et d'autre, la complexité des relations économiques, historiques, politiques et sociales entre pays riches et pays pauvres, et de leurs échecs.
Le titre de l'exposition, Invitation au voyage, à la consonance baudelairienne, résonne comme la promesse - illusoire - d'un ailleurs où tout ne serait "qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". Il oblige, d'une certaine manière, à une relecture des questionnements sur la mobilité, le déplacement et les migrations. "Mon travail, confie Zineb Sedira, explore les paradoxes et intersections de mon identité en tant qu'Algérienne et Française, et aussi en tant que résidente en Angleterre." Il revêt aujourd'hui une dimension beaucoup plus large et beaucoup plus universelle. La mer incarne un espace transitoire vers un ailleurs. Elle est le véhicule de toutes les projections, réelles, imaginaires ou fantasmées. La beauté et la force des oeuvres de Zineb Sedira tiennent en leur dimension poétique. Elles n'affirment ni n'assènent aucune vérité, mais laissent au contraire une place importante au spectateur pour réévaluer la complexité des relations entre le Nord et le Sud à l'aune de la mondialité.
Exposition du 30 janvier au 20 mars 2010. Galerie Edouard Manet / Ecole municipale des beaux-arts, 3 place Jean Grandel - 92230 Gennevilliers. Tél.: +33 (0)1 40 85 67 40. Ouverture du mardi au vendredi de 14h à 18h, le samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Voir aussi sur le site : Zineb Sedira au Musée Pablo Picasso de Vallauris |