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LA MAGIE DES CHOSES 

Takahiro Iwasaki, Sculptures, 2001-2008

Un sombre château émergeant d'un sac poubelle, des fils tirés de modestes serviettes formant des tours de télé-communication, le fragile pavillon d'un palais de Kyoto qui semble se refléter dans l'eau d'un lac tout proche...

La très grande subtilité des oeuvres de Takahiro Iwasaki est le fruit d'associations à la fois enfantines et ironiques entre les matériaux utilisés et les figures qu'ils laissent émerger.Semblant chanter la poésie du réel, les oeuvres d'Iwasaki demandent au visiteur une attention presque méditative : le romantisme de ses paysages entre en conflit avec le dénuement des matériaux utilisés et ouvre un espace nouveau dans lequel les objets du quotidien nous chuchotent la possibilité d'un autre monde, lilliputien et féerique.

Takahiro Iwasaki, Sculpture, 2001-2008. Photos : Marika Prévosto

Sarah Sze, Untitled (Portable Planetarium), 2009

Sarah Sze crée des sculptures éphémères liées à un lieu précis. Elles sont construites avec des milliers de petits objets de la vie courante, assemblées en des formes à la fois maîtrisées et irrationnelles. Créant des réseaux de sens et d'associations impossibles, échelles, plumes, tiges ou morceaux de polystyrène s'élancent dans l'espace et l'envahissent totalement pour constituer une vaste sphère.

Chaque objet appartient à un tout dans une théorie du chaos chaque fois reformulée. Les oeuvres de Sze forment un mélange de hasard et d'équilibre fragile qui déconstruit l'espace autant qu'il crée des mondes possibles. Un étrange écosystème, à la manière d'un cycle de transformation et de recyclage, de croissance et de mort. Les installations de l'artiste incorporent les contingences de l'instant et du site. Le mouvement de l'air, l'orchestration du poids des objets ou les couleurs qui se fanent : une fois l'exposition finie, l'oeuvre de Sze est démontée et ses matériaux sont conservés pour une réutilisation future dans une nouvelle sculpture.

Sarah Sze, Sans titre (Planétarium portable), 2009. Photo : Marika Prévosto

Adrian Paci, Per Speculum, 2006

L'oeuvre d'Adrian Paci est une installation complète, qui inclut le projecteur et ses cliquetis - lesquels viennent perturber la bande-son - jusqu'au faisceau lumineux qui se rejoue dans les images. Celles-ci représentent des enfants qui s'emparent de morceaux de miroirs pour évoluer ensuite dans un paysage pastoral.

En latin, Per Speculum signifie "de l'autre côté du miroir". Ce miroir, entre les mains des jeunes acteurs, devient source lumineuse et transperce littéralement l'écran de projection jusqu'à fondre ses reflets dans le faisceau du projecteur. L'illusion cinématique déjà complexe devient alors parfaite :  la luxuriance des décors, la tourment d'un jeu qui tourne à la panique, les branches de l'arbre sur lesquelles les enfants viennent se percher, la fragmentation et la reconstitution des images à travers le verre brisé du miroir, concourent à la création d'une ambiance méditative nourrie des grands mythes et de la peinture classique.

Adrian Paci, Per Speculum, 2006. Photographie, 80 x 120 cm. Courtesy Francesca Kaufmann

 

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